Le grand merdier de notre temps

C’est ici qu’il est permis de briller ou de se casser les dents. J’écris pour exprimer ce que je comprends du Monde, je dois bien essayer de traiter du monde actuel. J’ai longtemps retardé cette échéance, vu la grande difficulté de la tâche.

A qui est-ce que je parle ? Qu’avez-vous déjà compris ? Quel rôle jouez-vous dans le monde d’aujourd’hui ? Quel rôle comptez-vous jouer demain ? Tout ce que je pourrai dire sera interprété individuellement, au travers du prisme déformant de chacun. Je risque de passer pour celui qui enfonce des portes ouvertes, ou au contraire qui tient des propos inédits donc probablement faux.

C’est le problème des grandes synthèses, elles sont d’une lumière aveuglante pour qui n’est pas déjà sorti de la caverne, et cette démarche est propre à chacun. Il ne s’agit pas de croire ou de ne pas croire ici, seulement de lire les conclusions (au jour où celles-ci sont écrites) d’un idiot comme un autre, qui se vante de n’être pas moins éclairé que bien d’autres savants. Je n’attends de vous aucun acquiescement servile, et je serai toujours ravi de lire ou d’entendre les conclusions provisoires de chacun, ce qu’à vrai dire je passe mon temps à faire…

Nous y voici. La grande bataille de notre temps.

Nous sommes chanceux, j’imagine. Si bien peu de lieux et de périodes dans l’histoire peuvent être qualifiés de « stables », tout n’étant que changement permanent et renouvellement, aujourd’hui vous l’aurez peut-être constaté, c’est un sacré bordel ! La période que nous connaissons aujourd’hui est stimulante, en ceci qu’elle comporte beaucoup d’inédit et des défis ardus. Cependant, des mécanismes vieux comme le Monde sont à l’oeuvre, il en sera toujours ainsi, ordre et désordre, nouveautés apparentes qui ne sont que d’anciens artefacts remis à la sauce de la modernité. L’occasion pour les penseurs modernes de re-sensibiliser l’humain à ce qui définit justement l’Humain, ainsi qu’à la Nature et à son Essence, le Chaos – lavé de la valeur négative qui lui est accolée. Cela permettra aussi de se préparer au grand choc qui s’annonce en Europe et dans le Monde pour les semaines ou mois à venir.

Bien des commentateurs se répandent sur la situation française au moment où j’écris ces lignes. J’y viendrai, plus tard, et si pour moi le développement des circonstances locales révèle une infinie complexité, il n’en demeure pas moins un focus d’une extrême précision, un zoom vertigineux, une infime partie de ce qu’il y a à voir. L’infiniment grand est aussi présent dans l’infiniment petit, cela n’empêche nullement d’apercevoir les structures qui gouvernent à l’ordre des choses, bien au contraire. Je choisis donc, arbitrairement, d’aller de haut en bas, de suivre le fil de la synthèse basifuge. En finissant par faire un joli rond, car les ronds ma foi, c’est bien joli (presque autant que la frontière de l’ensemble de Mandelbrot). Synthèse basifuge, chaos et fractales : pas de panique, les précisions viendront une prochaine fois.

Un changement de paradigme

L’humanité tout entière subit une mutation, une transformation sans précédent dans son ampleur, pourtant simple réplique des grands phases d’émancipation observées dans l’histoire. De tout temps l’homme a philosophé, questionné la Nature dans une soif de compréhension issue d’un malaise originel, une folie dérivée de la conscience de sa propre existence. Qui suis-je ? Qu’est-ce que le Monde ? Y a-t-il un Dieu, et si oui que nous dit-Il ? Y a-t-il seulement un sens à tout cela ?

Des hommes ou femmes isolés dans l’espace-temps ont vécu obsédés ou pénétrés par ces questions, et leurs voix nous parviennent encore. Socrate, Aristote, ou bien Bouddha, Lao Tseu, mais aussi Jésus et Mahomet, Pythagore, Thomas d’Aquin, Spinoza, Lavoisier, Newton, Freud, Einstein ou Cantor… Tous ont apporté leur pierre à un édifice colossal, le grand Savoir Humain non-unifié dont il est bien difficile de faire la synthèse, tant les idées foisonnent, s’assemblent ou s’opposent les unes aux autres. Les approches ont été de l’ordre du sensible, de nature scientifique ou philosophique, mystique également. Un joyeux bordel, mais un bordel sans cesse en évolution, un monde d’une dimension invisible chapeautant les préoccupations matérielles seules visibles et réelles pour la plupart d’entre nous, un monde à la fois cause et conséquence des activités humaines, un monde des idées, une noosphère.

Par étapes successives, l’homme a vu évoluer sa manière de communiquer et d’interagir avec le monde, et donc avec autrui. Du développement du langage à l’apparition de l’écriture, de l’imprimerie à l’invention du télégraphe, chaque nouveau palier a grandement bouleversé les techniques, les possibilités de progrès et de confort comme de destruction de la nature, ainsi que les structures sociales et politiques, jusque dans la représentation même du Monde dans l’esprit de chacun. Aujourd’hui, c’est l’heure d’Internet dans la poche, et la prochaine secousse sera probablement rude ! Un champ des possibles s’ouvre devant nous, dans lequel l’homme s’élève un peu plus, réveille l’élan démocratique et fait reculer l’obscurantisme, autant qu’il s’offre à une nouvelle forme plus sournoise de totalitarisme et d’asservissement…

Le Monde est par son Essence incertain, imprévisible et angoissant. Et le moment est venu, à nouveau, d’essayer de s’affranchir des pansements de l’esprit et autres conceptions pré-établies. De juste regarder, et de regarder juste. De s’affranchir des dogmes. Timothy Leary en a parlé mieux que je ne le ferais : « Au cours de l’histoire humaine, comme notre espèce était confrontée au fait effrayant que nous ne savons pas qui nous sommes ou où nous allons dans cet océan de chaos, ce sont les autorités, politiques, religieuses ou éducatives, qui ont tenté de nous réconforter en nous donnant des ordres, des règles, des régulations, en nous informant et formant dans notre esprit leurs vues de la réalité. Pour penser par vous-même vous devez remettre en cause l’autorité et apprendre comment vous mettre dans un état vulnérable, d’esprit ouvert, chaotique, confus, de vulnérabilité pour vous informer…« .

Questionner l’autorité, l’éternelle subversion

Difficile de parler d’Autorité dans une synthèse. Il y a tant à développer, sur la figure du Père, sur les relations ados-parents, sur les mouvements anarchistes ou les fondements gravés dans le marbre d’une nation. Sur Dieu… Oui, un sacré bazar une fois de plus. Grosso modo, on peut dire que l’incompréhension entre une génération et celle qui lui succède ne date pas d’hier. Récemment, l’apparition d’internet a bien sûr fait bouger les lignes, et pas qu’un peu. Ce billet en traite plutôt bien, autour de la notion de « vie privée » à l’heure de Fessebouc : « Les petits cons parlent aux vieux cons ». Les plus âgés d’entre nous, avec tout mon respect, devraient se renseigner sur le grand chambardement s’ils ne veulent pas être aspirés dans un tourbillon dont ils ne comprennent rien. Cette synthèse est un bon début.

Remettre en cause le système politique et économique ? Ah ça, ça ne plaira pas à tout le monde ! Surtout pas à ceux pour qui l’ordre du monde est, dirons-nous, profitable. Ceux-là sont pour la plupart dangereux et agressifs dès lors qu’ils se sentent menacés, ce qui est le cas aujourd’hui. La peur de perdre une richesse accumulée – bien entendu légitimement – n’a rendu personne plus intelligent. Qui souhaite perdre son pouvoir, conquis de haute lutte ou acquis par népotisme ? « Il vaut mieux que je dirige plutôt qu’un autre, n’est-ce pas ? […] Et ceux qui ont travaillé toute leur vie et épargné difficilement, vous y pensez ? » Ah oui, j’y pense. Je pense même que ceux qui tiennent ces propos sont aussi ceux insultant sans vergogne les braves gens qui seront mangés comme les autres à la sauce de l' »austérité » – au mieux – ou celle, plus relevée, de l’effondrement financier quasi-inévitable dans un futur proche. Cela mériterait un article plus détaillé, mais le résumé est facile : des fous élevés au biberon du libéralisme (et de sa version dévoyée) donnent leurs ordres aux gouvernements, jusqu’à ce que la ruine générale leur fasse parvenir à l’oreille l’idée qu’ils sont délirants et néfastes pour (presque) tout le monde.

Malgré ce constat l’on peut déplorer, avec plus de force encore, l’apathie des peuples, esclaves fainéants ou volontaires. Ce n’est pas une posture confortable que la mienne, désirant culpabiliser qui que ce soit et m’auréoler de vertu. Juste l’habitude de regarder ce que je nomme « mon propre caca », et le souhait de voir plus de monde en faire autant. La masse qui ignore n’a pour l’instant pu faire autrement, elle a subi une désinformation permanente au travers des canaux de diffusion institutionnalisés, télévisuels et radiophoniques, depuis son plus jeune âge. En revanche, l’excuse ne tient plus aujourd’hui: l’information est disponible pour qui la recherche – jusqu’à ce que les dangereux puissants sus-cités ne trouvent le moyen de nous en empêcher. Il suffit d’être un peu curieux, d’avoir du temps, et de ne pas être trop rebuté par ce que l’on pourrait voir, parmi les horreurs que l’on a éventuellement contribué à provoquer. De nos jours, ne pas s’informer et ne rien comprendre à ce qui se passe est un consentement à l’ordre établi, ordre injuste et destructeur de toute chose, en premier lieu la vie elle-même. Le bruit des bottes et le silence des pantoufles, tout ça… Disant cela, on pourrait croire que je reproche à celui qui vit paisiblement et n’embête personne d’être une sorte de collabo, ce que je ne fais pas. Mais justement, cette analyse épidermique, symptôme du vieux monde, me permet d’en finir avec cette question morale. Nul ne sera épargné. Face à ses responsabilité, il est inutile de vouloir se considérer du côté des bons ou des méchants.

Hack your life !

« Chacun est libre de mener sa vie comme il l’entend, cela va sans dire. Dans la limite -importante, et seule source de restriction de liberté recevable – où il/elle ne nuit pas à la liberté d’autrui. » C’est pourtant pas si compliqué. « Et même quand la situation semble tendue, chaque effort pour s’entendre compte. »

NON, je ne suis pas un Saint – il m’arrive de regretter certaines actions, plus encore certains propos – et OUI, certains ont plus de responsabilités que d’autres dans les malheurs évitables du monde. Et ils ne seront jamais oubliés. Chaque fois qu’un peuple se réveille, les puissants peuvent craindre pour leur vie, car la soif de justice est grande. Les criminels modernes peuvent s’estimer heureux : les révolutionnaires d’aujourd’hui sont pour la plupart des bisounours ! Certes, le Colonel Kadhafi aurait là une objection à formuler, je lui l’accorde volontiers. Mais bon, faut pas trop déconner non plus.

Je n’ai pas raison contre tous, ni moi ni les quelques fous/connards/hackers sous stéroïdes capables de faire le même constat. Il n’y a pas à attendre d’un groupe quelconque qu’il remplace les dirigeants d’aujourd’hui et mène une autre politique. Notre génération ne fera pas seulement mieux, elle fera complètement différemment. Nous ne nous unissons pas seulement autour d’idées, mais autour de notre dénominateur commun : le simple fait d’être humain et de se reconnaître en tant que tel, de savoir que le collectif est bien plus capable, intelligent – et moins cruel – que l’individu. Et nous sommes légion.

Le grand merdier actuel, c’est la transformation radicale de l’individu et de son rapport au monde. La somme des interactions entre les individus constitue la société actuelle et à venir, ce qui régira mécaniquement l’ordre politique de demain. Débarrassés des dogmes et de l’infantilisation, l’Homme du 3e millénaire sera l’Homme arrivé à maturité, il prendra l’initiative sans attendre les consignes : DO IT YOURSELF, fais-le toi-même. Il ne se contentera pas de demander « qu’est-ce que le Monde ? », il évaluera ce qu’il peut faire à partir de ses connaissances et outils, honnête homme voltairien au juste discernement, à l’esprit critique affûté, pour améliorer le monde, en commençant par le présent, afin que tous ses successeurs en profitent. Il sera Un, conscient de faire partie d’un Tout. Il aura rejoint le camp auquel tout le monde – ou presque – appartient.

Pour aller plus loin :

2 réflexions au sujet de « Le grand merdier de notre temps »

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