Tous uniques. Tous unis.

Je suis exceptionnel. Tu es exceptionnel(le).

Un de mes grands plaisirs dans la vie, c’est de voir la tête des gens lorsque je dis de drôles de choses. « Tu es exceptionnel(le) », par exemple. Les réactions sont très variables, allant des grands yeux hébétés à la dénégation polie, en passant par la moue dubitative. Réaction souvent drôle, ou triste lorsque l’on sent que ce genre de propos sont rarement entendus par la personne en face. L’affirmation est pourtant irréfutable : chacun est unique, il n’y a pas deux humains identiques sur terre, ancêtres inclus. Chaque individu grandit et s’éveille au milieu de circonstances uniques, toutes non-renouvelables. (Parfois, il vaut mieux ne pas percevoir le Chaos de trop près, de peur de tomber dans le gouffre abyssal de l’incertitude. Va falloir pourtant s’y habituer ^^) On peut quand même dire que chaque donnée captée par l’un de nos cinq (?) sens sera traitée différemment à un instant T ou à un autre instant T’, différemment suivant les individus, différemment suivant les concepts déjà établis dans l’esprit de l’observateur au moment de l’événement. L’individu se développant par l’ensemble de ses interactions avec l’extérieur, il en résulte une variation infinie d’individus. Tout bêtement un individu, un être singulier. Toi, donc. Toi qui ne ressembles à personne d’autre.

Cette idée toute simple me semble trop peu exprimée et intériorisée. Trop bête pour être comprise, comme beaucoup d’autres idées lumineuses dont on détourne – ou apprend à détourner – le regard. Souvent à partir de l’adolescence, on fait de notre singularité un fardeau, un frein à l’intégration au sein d’un groupe ou en société, un défaut honteux qu’il faudrait cacher ou réparer. Alors que c’est là précisément notre chance de révéler notre richesse, le meilleur départ sur le chemin de l’émancipation. Faire de son histoire une force, en apprendre et le faire fructifier. Quelque soit la nature de son passé, aussi douloureux qu’il ait pu être, celui-ci nous a marqué à jamais et ne sera plus modifié. Trop tard ! L’interprétation qui en est faite, ce que l’on y colle et ce que l’on en retient, est en revanche malléable à souhait. Un travail dit de résilience, trajectoire hasardeuse, fastidieuse, dépendante des rencontres que l’on fera, que certains rateront, mais une voie possible. Celle que je souhaite à tous les abimés que je croise.

A l’âge dit « adulte », la singularité de chacun est souvent un prétexte pour justifier une position privilégiée. « Je n’ai pas usurpé ma place » ou « Si je ne le fais pas, qui le fera ? » Moi-même, avec seulement un poil plus de succès, je ne suis certainement pas à l’abri de ce sentiment, dont tous les journalistes flirtant avec le pouvoir semblent souffrir. « Taxer les riches ? Mais ils vont s’en aller et ce sera la ruine » (?!?), et autres sottises. Ils ont sûrement peur consciemment ou non de perdre leur bel et indispensable emploi. Non non les gars, désolé, les cimetières sont remplis de gens irremplaçables. Un individu aussi talentueux soit-il – ou qu’il se prétende – ne mérite pas de toucher 100 ou 500 salaires « normaux », une fois intégrée l’idée que l’argent accumulé en grande quantité ne provoque que du malheur pour les autres, et n’apporte finalement que bien peu de satisfaction. Ces adultes-là sont à mes yeux des enfants attardés et égotistes, soumis à leurs désirs et pulsions instinctives, esclaves tâchant de soulager leur existence par l’acquisition d’un plus gros phallus, devrais-je dire un Phallus, un instrument de soumission d’autrui. Il s’en trouve même certains pour dire que c’est ainsi, que c’est naturel, qu’en gros rechercher l’égalité entre les hommes – et/ou les femmes – est voué à l’échec, que la domination des uns sur les autres est éternelle. (Oui je parle à la fois du pouvoir du riche, du colonisateur, et du pouvoir machiste supposé masculin : la justification de l’abus de position dominante repose sur le même argument d’autorité). Ces gens, certains parmi eux étonnamment lettrés, manquent d’imagination et de capacité à discerner l’impossible de ce qui n’est en réalité qu’en dehors de leur champ de vision. Comprendre les contours de son désir n’est pas sa négation, c’est même tout le contraire. Dit plus prosaïquement, nul besoin d’avoir une grosse voiture pour baiser comme un âne ! Le riche homme blanc phallocrate accumulant les pouvoirs (non je ne parle pas de DSK, ou peut-être que si ^^) est un parasite universel à présent reconnu, mais je ne me fatiguerai pas à secourir cette espèce menacée. Je préfère de loin les abeilles et les dauphins.

Tous uniques. Tous différemment idiots. Tous différemment intelligents.

Tous uniques et tous en interaction. Cela remonte à la nuit des temps mais – et je n’aurai jamais peur de paraître monomaniaque tant notre époque se caractérise par cette émergence – aujourd’hui l’ensemble des interactions entre les individus a fait un bond en avant, un véritable saut de civilisation. Chacun peut recevoir d’un autre un texte, sans passer par un éditeur – parmi les phallocrates sus-cités ? – décidant de ce qui est digne ou non. Un texte ou bien une photo, un dessin, une image retouchée, une vidéo. Bref, on partage ce qu’on peut, ce que l’on souhaite. On partage des moments présents, avec toujours ce drôle d’effet feedback. (Le feedback c’est un drôle de truc. Hier soir j’étais contrarié. Ce matin je vais à la rencontre des gens sur le marché, je donne quelques sourires et un peu de joie. Et j’en reçois tout autant, peut-être plus. C’est idiot à vrai dire^^) On partage des émotions, et des idées. Autant d’informations circulant d’un noeud à l’autre, formant des groupes se reconnaissant sous un symbole ou un slogan, à la mémoire commune et capables de ressortir une information le moment venu. Une information traitée parfois différente de la source après une éventuelle digestion douloureuse. Un véritable réseau de neurones dans le cerveau nommé Humanité.

Voyez qu’il n’y a pas trop à s’inquiéter ou à déprimer du grand merdier actuel. Il n’y a pas à rechercher l’union contre l’oppression, à se battre contre la division des chapelles pour fédérer le plus de monde possible autour des thèses humanistes. Le grand cerveau collectif est un fait, et son action se constatera a posteriori. L’action de chacun semblera invisible au milieu du tumulte, mais tel l’effet papillon, il faut savoir qu’un individu en plus ou en moins peut faire basculer le cours de l’histoire. N’allez pas croire que je sois un béni oui-oui new age transcendé par la vue de la conscience collective et souhaitant m’approprier son intelligence. Quand je parle d’intelligence humaine, que celle-ci soit celle d’un individu ou bien d’un groupe d’humains, il faut constater une chose : le pire comme le meilleur peuvent tout deux arriver. Le grand merdier actuel sera probablement le début d’un monde neuf et nettement moins violent. Ou bien le début de notre extinction. Vraiment, il n’y a pas de quoi paniquer, si ? Il me semble qu’une résilience collective ne soit pas moins possible que celle d’un individu.

Pour finir, j’invite à se renseigner sur le mouvement Colibris, qui tire son nom de cette légende amérindienne :

Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! »

Et le colibri lui répondit :« Je le sais, mais je fais ma part. »

2 réflexions au sujet de « Tous uniques. Tous unis. »

  1. Petit Scarabée, une réponse à une non-interrogation:
    « Dit plus prosaïquement, nul besoin d’avoir une grosse voiture pour baiser comme un âne ! »
    Cela est parfait, vrai, surtout si l’âne sait conduire.

    Toutes ces âneries pour te dire que faire sa part reste aussi du domaine de l’erreur dite de l’illusion philosophique. Cependant, à choisir dans les illusions, acte conscient donc, politique par conséquent, il arrive qu’on s’apprend à soi-même la justesse et la valeur de ses propres choix pour soi. Ou pas.
    Et alors, quel équilibre dans le Chaos!
    Se rassurer en se passant de tout car il y a besoin de tout. Ou, se rassurer en voulant tout car il y a besoin de tout, ou encore, se rassurer en ne voulant rien car besoin de rien, ou encore, ne rien vouloir car se sentant « impuissant », ou encore etc…
    Se rassurer, ne serait-ce pas le fond de la quête?(aucun jeux de mots admis,trop facile) cette angoisse existentielle, purement judéo-chrétienne est-elle une vérité universelle?
    Tu connais la réponse, non? Déjà la question suppose que moi, égo(ale) à toi, je l’aurais…
    Va savoir! Je suis d’une affligeante et affolante légèreté et voilà une catégorie..
    La vénérable tortue à carapace articulée.(je les sens, les articulations)

    PS:Un autre sujet est: l’articulation de l’individu sur et dans ses propres schèmes.

    Permets-moi de te remercier de ce grand moment où par tes écrits, je retrouve le plaisir de la conversation. Et je ne plais

  2. Salut Toi le Libre !
    Un de mes grands plaisirs dans la vie ;) est de lire tes confidences philosophiques, c’est frais, cosmique et bio (y’a pas de jeu de mots).
    Tous uniques. Tous unis….unis vers l’unique.
    Quelque chose au fond de moi,( une spirale, une vibration,une chaleur douce et lumineuse ou serait-ce mon imagination?) me guide telle la lanterne de l’Hermite du Tarot…
    La vanité, le mimétisme, l’ivresse et autres fleurs du mal, me font prendre des voies obscures où je touche la vérité mais ne la vois pas.
    La lanterne de l’Hermite est cette lumière rassurante qui nous rend clairvoyants sur nos faiblesses donc plus forts sur le chemin vers l’unité.
    En conclusion une citation en introduction à  » L’Hermite » de mon tarot:

     » Car le Trismégiste qui a fini par découvrir, je ne sais comment, la vérité presque tout entière, a souvent décrit la puissance et la majesté du Verbe, comme l’illustre la citation çi-dessus, où il (Hermès) proclame l’existence d’une parole ineffable et Sainte, dont l’énoncé dépasse la mesure des forces humaines. »

    Pris dans les rets du soliloque et du déluge d’informations venant de l’extérieur nous sommes, peut-être, rendus sourds à cette voix intérieure… »dont l’énoncé dépasse la mesure des forces humaines. »

    La tristesse est bonne quand elle est soeur de la tendresse, mauvaise quand elle est apitoiement sur soi-même. La compassion doit aussi être orientée vers soi même. Nous sommes le Monde. Un certain détachement est nécessaire.

    A bientôt, Régis, sur la voie maltée !
    Mystic Chaudron

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